La perspective

24/02/2015 19:13

   Il existe différentes techniques de représentation en perspectives, qui ont toutes pour but de représenter un objet en trois dimension, mais sur un support en deux dimensions, une surface plane (comme une feuille de papier ou une toile). Pour représenter cet objet au plus proche de la réalité et donner l’illusion du réel, les techniques peuvent être très complexes et tiennent compte des effets produits par l’éloignement de l’objet sur l’observateur, afin de les retranscrire le plus fidèlement possible.

 

Des conditions communes

   Différents paramètres sont pris en compte : le point de vue selon lequel l’objet est observé, qui définira la position prise par le public à la vue de l’œuvre ; l’aspect réel de l’objet, cependant sa représentation dépend de l’intention de l’artiste, qui choisira d’y rester fidèle ou non (des mouvements artistiques comme le cubisme s’en affranchissent parfois jusqu’à rendre difficile la compréhension) ; et le support utilisé.

 

Histoire et évolution

La renaissance : un tournant

   Contrairement aux idées reçues, la perspective a été utilisée avant la Renaissance, mais de manière relativement sommaire. La perspective rabattue par exemple, utilisée en Egypte ancienne, qui consiste à représenter une partie du corps du sujet de profil et l’autre de face, les volumes n’étant pas maîtrisés à l’époque (comme celui du nez). Cependant il est vrai que la plupart des œuvres éffectuées avant la Renaissance n’utilisaient pas cette notion : la taille des sujets dépendait de leur importance et non de leur éloignement par rapport à l’observateur, établissant une hiérarchie. Ainsi, la partie la plus grande et la plus centrale servira à représenter le personnage à l’importance (spirituelle la plupart du temps) la plus grande. On assiste parfois à la mise en place d’une perspective verticale qui place les sujets les plus importants dans la partie la plus supérieure de l’œuvre.

   Néanmoins, depuis le Vème siècle avant J.-C., des recherches sur la notion de perspective avaient déjà lieu. On sait en effet que les savants et peintres de la Grèce antique (en particulier les peintres Agatharcos et Pamphilos) ont introduit peu à peu l’illusion du réel dans la peinture en portant un grand intérêt à la représentation de volumes sur une surface plane, et donc à la perspective.

 

La codification du système de la perspective à la Renaissance

   Après l’utilisation de la perspective signifiante (où la taille des personnages est définie par leur importance), le système de perspective se codifie au cours du XVème siècle, il se lie en effet de plus en plus aux mathématiques. La géométrie est de plus en plus utilisée dans la peinture par soucis de rigueur, ce qui aboutira plus tard à une théorisation de la perspective.

 

Les différentes formes de perspective

   Il existe différentes manières de représenter la perspective, les techniques utilisées ont été amenées à évoluer au fil du temps et continueront sans doute sur cette voie. Mais si elles présentent une certaine diversité notamment dans leur utilisation plus ou moins poussée des mathématiques, certaines caractéristiques leur sont communes :

   Tout d’abord, la vision est monoculaire, c'est-à-dire que l’objet est comme vu en deux dimensions. C’est là que les mathématiques interviennent pour donner l’illusion au spectateur d’un objet vu en trois dimensions, donc une vision binoculaire. Cela est imposé par un autre caractère commun, le fait qu’une partie de l’espace réel est représenté sur une surface plane. Ensuite, le peintre, la scène, et le spectateur sont immobiles ; l’interprétation d’une histoire, d’un passé peut être déduite grâce à des éléments du tableau, mais seul un moment unique est représenté. Enfin, l’œil du peintre n’a aucune limitation d’angle de vision autre que son propre champ de vision (devant lui), et le spectateur est censé être situé à la même place que le peintre, lui permettant ainsi de voir le tableau comme le peintre aurait souhaité qu’il soit vu (les proportions peuvent par exemple être faussées selon l’angle de vue). Des variantes sont rendues possibles dans la perspective grâce à la diversité des positionnements possibles de l’œil par rapport au tableau.

   Parmi les différentes perspectives, on peut distinguer la perspective axonométrique de la perspective conique, qui usent de la géométrie pour aboutir à un résultat satisfaisant. La perspective est dite axonométrique si l’œil du peintre se positionne à l’infini sur le plan du tableau, elle est en revanche dite conique si l’œil du peintre est à une distance définie du tableau.

La perspective axonométrique

   Dans l’utilisation de ce type de perspective, tous les rapports entre une quelconque longueur prise selon une direction de l’espace et cette même longueur mesurée sur la représentation en dessin de cet espace sont conservés. De même pour les rapports entre le réel et la représentation de surfaces d’objets dont les plans sont parallèles (en réalité aussi bien que sur le dessin). Néanmoins ce rapport entre les dimensions réelles de l’objet et sa représentation n’est constant que selon une direction donnée dans le plan et varie en fonction de cette droite. On distingue deux sortes de projections : les axonométries droites et les axonométries obliques.

   Les axonométries droites correspondent à une perspective parallèle, dans laquelle la direction de projection est exactement perpendiculaire au plan. C’est à dire que l’objet est vu de face, une sphère y est par exemple représentée par un cercle. Cette représentation permet un respect particulier des proportions. On peut cependant choisir la direction des axes ox, oy, et oz, dont les graduations sont imposées, déterminées soit par construction géométrique soit par le calcul, mais on choisit généralement de représenter l’axe oy vertical. Cette méthode correspond donc à une projection orthogonale sur le plan du dessin, elle est très utilisée mais dépend de l’angle d’observation.

 

 

   Les axonométries obliques correspondent quant à elles à une perspective parallèle dans laquelle la direction de projection n’est pas perpendiculaire au plan. L’inconvénient de ce type de perspective est qu’elle est susceptible de fausser les proportions entre les différents objets représentés, une sphère est dans ce cas représentée par une ellipse.

On distingue dans les axonométries obliques deux perspectives parallèles (où les objets sont représentés en vraies grandeurs et sans déformation) :

La perspective cavalière, la plus utilisée, qui renvoie à une projection de face sur le plan. Ici l’axe horizontal et l’axe vertical ne sont pas modifiés, sont perpendiculaires et présentent les mêmes graduations, mais le troisième axe (la ligne de fuite) est généralement d’un angle de 45° ou 30° par rapport à l’horizontale, et l’échelle de graduation est moindre.

La perspective militaire, une projection sur le plan horizontal, qui correspond à une vue aérienne (l’espace est vu d’en haut). Ici ce sont les deux axes horizontaux qui ne subissent pas de modification, sont perpendiculaires et ont les mêmes graduations, et le troisième axe (l’axe vertical) est parallèle aux bords du support utilisé.

Deux des trois axes étant gradués à l’identiques, ces perspectives sont dites dimétriques.

 

 

La perspective conique

 

   Inventée en 1425 par Filippo Brunelleschi, la perspective conique est une projection selon un faisceau de droites passant par un même point représentant l’œil de l’observateur, sur une surface. Pour se faire, on utilise un (ou deux) point de fuite, vers lequel une partie des lignes du dessin (généralement, celles qui se situent sur le plan horizontal dans la réalité) se dirige, les distances représentées sont de plus en plus courtes plus l’objet est éloigné, donnant une impression de profondeur parfois exagérée, mais rendant compte de la position des objets les uns par rapport aux autres en faisant appel à la réflexion du spectateur (qui doit s’imaginer la taille réelle des objets pour comprendre les distances mises en jeu).

 perspective conique à un point de fuite, Edouard Hopper, Chair Car

perspective conique à 2 points de fuite, illustration de Romain Zampieri

 

La perspective curviligne

 

   La perspective conique ne permet de rendre une image perçue que sur un champ d’environ 40°, une limite que peut dépasser la perspective curviligne. Elle est l’équivalent d’un dispositif « grand-angle », et prolonge ainsi la construction de l’image jusqu’à atteindre un angle de vision de 180°. Léonard de Vinci affirme d’ailleurs que « la perspective curviligne, qui rend compte des distorsions de largeur, correspondrait davantage aux effets de a vision ».

De ce fait, elle est très utilisée dans le domaine du dessin animé pour représenter une rotation de caméra.

 

 perspective curviligne, illustration de caacrinolas

 

   La perspective est utilisées dans une grande diversité de domaines tels que le la peinture, l’illustration ou toute autre technique graphique, l’architecture ou le dessin industriels pour rendre compte de manière réaliste des volumes et espaces, les décors de théâtre ou encore le trompe l’œil, où elle est très poussée et complexe. Ces domaines résolument artistiques font donc appel, par le biais de cette technique de représentation, aux sciences, plus particulièrement aux mathématiques. Les règles de géométrie sont complexes et précises, et leur respect est nécessaire pour représenter au mieux la réalité et produire un effet de réalisme efficace. Ainsi, l’influence de la science sur les arts est ici remarquable de par son apport de rigueur et l’importance attachée à la réalité, un soucis de vérité dans la représentation.

 

SOURCES:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Perspective

https://www.grenoble.archi.fr/cours-en-ligne/creps/0_Introduction.pdf

https://www.amicollege.com/maths/balade/persp_1.php

https://elccarignanhistoiredelartannexe.blogspot.fr/2012/11/la-perspective-en-peinture.html